Home > Strategic Analysis > Terrorisme en France : l’état d’urgence comme unique remède

Terrorisme en France : l’état d’urgence comme unique remède

Published : 30 August 2016
2 119 words in that article

Depuis janvier 2015, la France a connu 9 attentats ou attaques à caractère islamiste qui ont causé la mort de 236 personnes. Les attaques les plus meurtrières étant celles du 13 novembre 2015 à Paris (130 morts) et du 14 juillet 2016 à Nice (85 morts).
À chaque fois la réponse étatique à ces attaques a été au-dessous des attentes des Français.

Enfermées dans un autisme veule, les autorités politiques au pouvoir ont refusé de poser le diagnostic sur ces attaques, se bornant à stigmatiser un Etat islamiste lointain, à déployer des militaires dans les rues - plus dans un but anxiolytique que d’efficacité réelle - les militaires n’ont aucun pouvoir de police, ils ne peuvent faire aucun contrôle ni arrêter personne. Ils sont là pour appuyer la police et la gendarmerie et surtout donner l’impression du nombre dans les rues - et à prolonger un état d’urgence de mois en mois.

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que la résilience, c’est-à-dire la capacité pour un corps, un organisme, une organisation ou un système quelconque à retrouver ses propriétés initiales après une altération, soit profondément mise à mal. Les experts estiment qu’il faut environ 6 mois à une population pour surmonter le traumatisme après un attentat. Considérant le rythme des attaques - en moyenne une tous les 4 mois - le stress sur les citoyens s’accroît sans cesse. Il devient évident que la société française n’a matériellement pas le temps de retrouver sa sérénité et a tendance à se fragiliser sur le modèle d’un métal qui, soumis à des tensions répétées, atteint sa limite d’élasticité et son point de rupture.

Pour une société, ce point de rupture se traduit par une baisse de confiance dans la capacité des hommes politiques à assurer sa sécurité qui est la base du contrat social. En effet, les citoyens abandonnent normalement à l’Etat « le monopole légitime de la violence physique » (Max Weber) en échange d’une garantie de sécurité. Si l’Etat se révèle incapable d’assurer cette sécurité alors la tentation de la société de prendre son destin en main devient grande : naissance de milices de quartier, de « vigilantes », de bandes armées dont l’action peut vite dégénérer en guerre civile. Patrick Calvar, le directeur général de la sécurité intérieure, déclarait en juin dernier à la commission d’enquête parlementaire sur les attentats que la France était « au bord de la guerre civile ». Pour l’instant, ce ne sont que les groupes d’extrême-droite qui sont sous surveillance, mais espérons que ce besoin d’autoprotection ne gagnera pas la majorité de la population.

Mais comment résoudre un problème si on a peur d’oser le diagnostic ? Un patient atteint d’un cancer a-t-il une chance de guérir s’il refuse reconnaitre la gravité et la nature de sa maladie ?

En examinant de plus près les différents attentats, il est possible d’en dégager certaines constantes dont certaines ne sont pas politiquement correctes :
toutes les attaques ont été perpétrées par des individus issus de l’immigration musulmane vivant en France ou en Belgique ;

  • les prisons françaises ont souvent servies « d’universités islamistes » aux petits délinquants qui se sont radicalisés au contact d’imams autoproclamés, au charisme certain, mais aux idées mortifères ;
  • le système éducatif français a été incapable d’assimiler cette population immigrée musulmane à la différence de ce qui s’était passé avec les vagues précédentes d’immigration (Italiens et Juifs d’Europe centrale à la fin du 19ème siècle et début du 20ème ; Arméniens, Italiens, Polonais, Espagnols entre les deux guerres mondiales). Les deuxième et troisième générations issues de cette immigration maghrébine et africaine peinent à se reconnaître dans les valeurs occidentales et rejettent souvent notre société (incivilités répétées, délinquance, attaques permanentes sur les symboles de l’autorité dans les banlieues (police, gendarmes, pompiers, ambulances) ;
  • le rythme constant des attentats et l’évolution des modes opératoires démontrent que les mesures prises par l’autorité politique sont loin d’être suffisantes.

Comment en est-on arrivé là ?

IL y a d’abord un échec de l’éducation nationale et des parents. En mal d’intégration, souvent en échec scolaire, ces jeunes se sont rapidement tournés vers la délinquance puis, ont souvent été recrutés en prison par des islamistes radicalisés.

La disparition du service national, ancien creuset d’intégration, a maintenu le fossé, accentué par la crise économique. Délinquants à la petite semaine, souvent reniés par leurs parents, ces jeunes ont trouvé un écho dans leur mal-être dans les prêches radicaux et une nouvelle considération dans les yeux de leurs compagnons terroristes. Ce ne sont plus des ratés en galère mais des combattants de la foi musulmane. Qu’importe si leur connaissance du Coran est infime, ils ont l’impression de faire partie d’une œuvre globale et leur soif d’absolu, commune chez les jeunes adultes, y trouve son compte.

Face à cette dégradation de la situation, le pouvoir politique est en réaction permanente, incapable de reprendre le contrôle de son destin. Se disputant sur des mesures ineptes comme la déchéance de la nationalité, il se borne à reconduire de loin en loin un état d’urgence qui devient la panacée. Et les électeurs le sentent bien, comme en témoigne le taux record d’insatisfaction à l’égard du président et du gouvernement. La responsabilité de ces politiciens est directement engagée : il est vraisemblable que le domaine de la sécurité sera le discriminant des élections présidentielles et législatives françaises en 2017. Si aucune mesure phare n’est prise dans les mois qui viennent, il est fort possible que les électeurs renvoient les partis traditionnels à leurs chères études et qu’ils élisent les partis extrémistes. Cela serait une catastrophe car ces partis, au-delà de leur rhétorique anti-immigration n’ont aucun projet de société viable et leurs orientations rétrogrades renverraient la France au moyen âge économique.

Eventail de solutions possibles pour hommes politiques courageux

Pourtant des solutions existent qui permettraient de quitter cette spirale dangereuse.

Instituer un Islam de France, compatible avec les valeurs occidentales

La France est, depuis la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, un pays laïque. Cette loi a été modifiée à plusieurs reprises (en 2003 notamment avec l’interdiction de porter des signes religieux ostensibles à l’école). Ce dispositif, ancré dans la tradition républicaine a cependant un inconvénient majeur car elle interdit le contrôle de l’Etat sur les religions. Ce qui est anecdotique pour les religions catholique, protestante, orthodoxe et judaïque, plus matures, est déterminant dans le cas de la religion musulmane.

Ainsi, il est aujourd’hui tout à fait légal qu’une mosquée soit financée par un pays étranger, ce qui pose un problème lorsque le pays en question professe des enseignements rétrogrades (fondamentalisme ou takfirisme, salafisme, wahhabisme,…). Ces mêmes pays peuvent envoyer des imams dans ces mosquées « sponsorisées » sans que l’Etat français n’y puisse rien faire. Ceci est désormais intolérable.

Une démarche sensée serait de créer des instituts théologiques musulmans français en liaison avec les autorités religieuses reconnues de cette religion (par exemple le cheikh Ahmed Al Tayeb, grand imam de la mosquée Al Azhar, l’institution la plus respectée de l’islam sunnite). Car le problème de l’islam n’est pas d’être une religion violente –certains passages de la Bible sont eux-aussi un caractère très violent (Ezéchiel 9:5-7 : « Passez après lui dans la ville, et frappez; que votre œil soit sans pitié, et n’ayez point de miséricorde! Tuez, détruisez les vieillards, les jeunes hommes, les vierges, les enfants et les femmes » – mais d’être une religion sans clergé. N’importe qui peut se proclamer imam avec une lecture mal digérée du Coran.

La deuxième mesure liée à cet Islam de France, qui permettrait d’avoir une meilleure garantie que les enseignements dispensés dans les mosquées et autres lieux de prière sont conformes aux principes de libertés occidentaux, serait de réserver les postes d’imams et d’aumôniers musulmans aux diplômés des nouveaux instituts précédemment cités. Mieux armés sur le plan théologique, en phase avec la société dans laquelle ils vivent, ces imams de France pourraient ainsi contrer sur le plan des idées les discours islamistes.

Isoler les islamistes dans les prisons

Il est indispensable que les islamistes soient parfaitement isolés des condamnés de droit commun pour éviter les phénomènes de contagion. La création de départements pour les intégristes au sein des prisons est une mesure insuffisante qui suscite des risques supplémentaires car ces quartiers islamistes sont rapidement considérés au sein de la prison comme un « club élitiste » dont il faut faire partie.

Par ailleurs, il n’y a actuellement qu’un seul quartier de 22 prisonniers radicaux en fonctionnement à la prison de Fresnes. Quatre autres de 20-25 personnes seraient prévus d’être constitués. Compte tenu du nombre de prisonniers musulmans (30 000) et de radicaux en liberté (environ 30 000 croyants de la mouvance islamiste radicale dont 20 000 fichés S par la DGSI), il est évident que cela est insuffisant.

La solution pourrait venir d’un isolement complet de ces personnes dans des prisons spécialisées, au sein de cellules individuelles, sans possibilité de communication tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Les seuls contacts de ces prisonniers dangereux étant avec des aumôniers musulmans et des psychologues spécialement formés aux processus de déradicalisation.

Expulser les fauteurs de troubles de nationalité étrangère

Si les débats sur la déchéance de nationalité ont seulement permis d’amuser la galerie sans apporter de véritable solution, en revanche, l’expulsion des islamistes étrangers devrait être une règle. La liberté de parole et celle des idées ne doivent pas être confondues avec l’apologie de crimes et les appels au renversement de la civilisation occidentale. Après un fichage en règle avec transmission des informations à la police du pays d’origine, ces individus devraient être immédiatement expulsés dès leur condamnation par un tribunal, le cas échéant après avoir subi leur peine de prison. Nous n’avons plus le droit désormais de réchauffer le serpent en notre sein :

Investir de nouveau dans les domaines de la défense, de la sécurité et de la justice

Après avoir tiré les pseudos dividendes de la paix, il convient désormais d’effacer les catastrophiques présidences de MM. Sarkozy et Hollande dans ces domaines. Après des années de sous-investissement, ces domaines régaliens sont dans un état désastreux en termes de personnels, d’équipement et d’entrainement.

Quand on contemple la cabine constellée d’impacts de balles du camion tueur de Nice et qu’on la compare avec les 30 cartouches tirées par mois par les policiers des unités d’intervention ou les 90 cartouches par an pour les simples policiers de commissariat (chiffres cités par les policiers lors de leur audition par la Commission d’enquête parlementaire relative aux moyens mis en œuvre par l’État pour lutter contre le terrorisme), on mesure l’ampleur des efforts à déployer pour améliorer l’efficacité des forces de sécurité.

Refaire de l’école le creuset de la nation

L’intégration des populations immigrées passe par l’acquisition de codes communs qui sont censés être délivrés à l’école. Mais l’émiettement des programmes et « la démolition systématique, à l’initiative de plusieurs gouvernements, des structures de l’Enseignement, nuit à la résilience de la Nation » (professeur Geneviève Zehringer, présidente de la Société des Agrégés de l’Université).

L’école doit de nouveau plus seulement instruire mais également éduquer. Il conviendra de relancer la maîtrise des compétences de base (lecture, écriture, calcul), lutter contre l’absentéisme, maîtriser la violence et le mal-être des jeunes.

Des initiatives ont été lancées dont une, la Fondation Espérance Banlieue, dirigée par un de mes anciens chefs, le GCA (2S) Lafontaine, me semble particulièrement intéressante : les écoles pilotées par cette Fondation sont toutes situées dans les banlieues et ont deux objectifs prioritaires :

  • « prévenir et lutter contre l’échec scolaire dans les zones sensibles ;
  • transmettre aux jeunes de cités le meilleur de la culture française afin de leur permettre d’épanouir leurs talents tout en apprenant à aimer leur pays ».

C’est en s’appuyant sur ce genre d’initiatives que l’on parviendra à enrayer le décrochage des jeunes et notamment des jeunes issus de l’immigration.

Le travail est énorme, il est ingrat, voire impopulaire. Mais c’est le prix à payer pour une coexistence pacifique des communautés sur le territoire français. La France compte aujourd’hui 66 millions d’habitants. Comme il est interdit de mener des statistiques sur la religion des individus, les seuls éléments chiffrés dont on dispose sur la population musulmane sont des estimations : elles font état d’environ 5 millions de personnes et le ministère de l’intérieur recense 2052 mosquées et lieux de culte sur le territoire métropolitain. L’enjeu est donc de taille !

Cent trente-quatre ans après le fameux discours d’Ernest Renan sur « Qu’est-ce qu’une Nation ? », il est indispensable de se rappeler ses paroles : « …Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune … L’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation. ».