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Attentats de Paris : Messieurs les politiques, prenez vos responsabilités !

Published : 26 November 2015
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Deux semaines après les attentats de Paris, la pression est un peu retombée et il est désormais indispensable que les Français sachent ce que leurs hommes politiques proposent pour remédier à une crise de société. Parler de revanche, bombarder de façon accrue les positions de Daesh en Syrie ne peuvent constituer l’alpha et l’oméga de la politique nationale. Nous avons désormais besoin de propositions concrètes, crédibles et efficaces, sinon c’est la porte ouverte au recours aux extrêmes.

Le 13 novembre 2015, un groupe de terroristes djihadistes, dont la majorité des membres est née et a grandi en France, ont assassiné à Paris 129 personnes et en ont blessé près de 300 autres. Aujourd’hui, deux semaines après cette tragédie, la pression médiatique est un peu retombée et il serait souhaitable que les rodomontades, proférées par l’intégralité de la classe politique française sur le coup de l’émotion, disparaissent peu à peu pour faire place à de vraies propositions visant à résoudre efficacement le nœud du problème : « comment éviter que de jeunes Français de religion musulmane ne se radicalisent pour devenir des terroristes » ?

Car l’enjeu est important – et les hommes politiques devraient bien le comprendre car c’est LEUR responsabilité qui est engagée et qui sera jugée par l’Histoire – le traitement des suites de cet attentat pourrait conditionner le sort du pays. Et il est navrant de constater la médiocrité de certains hommes politiques qui, sous le prétexte des élections régionales de début décembre, ont immédiatement rompu l’unité nationale qui doit prendre le pas dans les jours de tourmente.

Il est quasi-certain que le thème sécuritaire sera au cœur de la campagne présidentielle pour les élections de 2017 car il est plus que probable que les attentats vont se poursuivre et si les Français ne sont pas convaincus que les hommes politiques – de gauche et de droite – font tout leur possible pour améliorer la situation, ils pourraient se tourner vers les extrêmes qui proposent un mélange comparable de populisme et de nationalisme, énième avatar des solutions déjà proposées en Italie dans les années 20 du 20ème siècle ou en Allemagne dans les années 30. Tout le monde sait comment cela a terminé.

Car l’Etat n’a pas le droit d’agir sous le coup de l’émotion mais il ne doit pas rester tétanisé non plus. Il doit analyser froidement les causes de l’attentat, en tirer les conséquences et proposer des solutions crédibles, au besoin en consultant la population pour les décisions les plus difficiles.

Le massacre d’innocents : un moyen efficace pour accroître sa visibilité

Il est essentiel de se poser la question : Quel est le but des terroristes ? Car faire leur jeu serait la faute la plus grave d’un gouvernement réagissant dans la précipitation.

Il y a tout d’abord un but « messianique ».

En effet, les djihadistes croient que le monde s’avance vers une guerre globale dont les vrais croyants - entendre les intégristes - sortiront vainqueurs. En provoquant l’Occident par de tels actes terroristes, ils espèrent une réaction en chaine qui envenimera la situation et leur permettra de recruter à bon compte parmi les frustrés de toute nature. Il suffit d’écouter leur dialectique pour s’en rendre compte. En effet, reprenant les références du Moyen Âge, les Occidentaux sont qualifiés de « Croisés », ce qui permet aux djihadistes de se présenter comme les défenseurs de la Foi musulmane. C’est plus valorisant que le statut d’assassins, ce qu’ils sont en réalité.

Il y a ensuite un objectif « marketing ».

Pour exister, tout mouvement - politique ou armé - doit améliorer sa visibilité, pour drainer les subsides dont il a besoin ainsi que les sicaires pour ses futures actions. Ainsi même si l’Etat Islamique (Daesh) n’est pas obligatoirement à l’origine des attaques de Paris, il a tout intérêt à les revendiquer. De même, les acteurs desdites attaques ont intérêt à se raccrocher à une « marque de fabrique » connue pour valoriser leur action auprès de leurs sympathisants. Et ceux-ci sont nombreux, à en croire les applaudissements entendus dans certaines banlieues à la nouvelle de l’attentat ou les sifflets des détenus de la prison de Fresnes lors de la minute de silence en l’honneur des victimes.

Il y a enfin un but « politique ».

Les islamistes veulent peser sur les gouvernements occidentaux en terrorisant leurs populations. Une population qui a peur fait pression sur ses gouvernants, soit pour arrêter la participation aux opérations qui ont soi-disant provoqué l’acte terroriste (cas de l’Espagne en 2004 qui avait retiré rapidement ses troupes d’Irak après l’attentat de la gare d’Atocha qui avait provoqué la mort de 191 personnes), soit pour au contraire pousser à des opérations de représailles susceptibles de radicaliser encore plus les populations des zones de guerre ou de les conduire à une émigration plus importante. Dans les deux cas, les islamistes sont gagnants.

Dans sa réponse aux djihadistes, le gouvernement français doit donc éviter de confirmer leurs accusations et au contraire porter le fer tant sur le plan international que national.

Coopérer et convaincre sur le plan international, puis refuser l’hypocrisie

L’invocation par la France de l’article 42.7 du Traité de l’Union européenne, invocation qui a été soutenue par tous les pays membres, conditionne l’assistance de ces derniers au pays agressé et a l’avantage de renforcer l’unité de l’ensemble. Car pour combattre Daesh, il faut le couper de ses soutiens traditionnels, assécher ses finances, rompre ses canaux d’approvisionnement, annihiler ses moyens de communication et saper les bases de son idéologie. Cela est impossible à réaliser sans un soutien international.

La diplomatie doit être aux premiers rangs de cette offensive anti Daesh.

L’idée d’une grande coalition, citée par le président Hollande, est excellente mais sûrement pas pour lancer une opération terrestre en Syrie et en Irak. Ce serait une double erreur car cela conforterait les islamistes dans leur folie messianiste et les encouragerait à redoubler les attentats.

Et du point de vue politique, cela serait coûteux - et inefficace à moins de déployer plusieurs centaines de milliers de soldats, ce qui n’est plus dans les capacités des pays occidentaux à l’exception notable des Etats-Unis. Par ailleurs, avant de débuter une guerre, il faut avoir un objectif précis en termes de sortie de crise, ce qui est loin d’être le cas actuellement considérant les intérêts divergents de la plupart des acteurs étatiques impliqués. Georges W. Bush l’avait oublié quand il s’est lancé dans l’aventure irakienne en 2003, Nicolas Sarkozy et Georges Cameron ont fait la même erreur en Lybie en 2011. Dans les deux cas, la région est profondément déstabilisée.

En revanche, il faut convaincre les pays musulmans sunnites complaisants à l’égard de Daesh (Arabie saoudite, Qatar, …) qu’il est temps de cesser leur soutien. Il est souhaitable d’expliquer à la Turquie – pays membre de l’OTAN - que la lutte contre l’Etat islamique ne signifie pas 3 attaques contre les terroristes et 2 000 contre les Kurdes, alliés de l’Occident dans le combat contre les djihadistes. Il faut faire ce travail diplomatique sans agressivité mais sans faiblesse non plus. Et dans ce combat, l’Europe doit parler d’une seule voix.

Une autre voie à explorer est théologique.

L’islam est à la base une religion de paix et de tolérance. Mais plusieurs conceptions s’affrontent, notamment entre les tenants de l’islam moderniste, qui doit s’adapter à l’époque dans laquelle il évolue, et ceux de l’islam rigoriste qui réclament le retour aux fondements religieux du VIIème siècle. C’est parmi ces derniers que la dérive islamiste recrute et qui est à combattre car incompatible avec nos valeurs de liberté et de respect de l’autre.

C’est ici le propre combat des Musulmans, les Occidentaux ne peuvent les aider dans ce domaine. Ils doivent choisir leur voie. Mais nous Occidentaux devons être également sans faiblesse pour ceux qui choisissent une expression rétrograde de leur Foi. Il doit leur être clairement dit que nous ne tolérerons aucune atteinte à nos valeurs.

La dernière voie est militaire.

Car si le recours à une opération occidentale terrestre serait une erreur, il serait criminel en revanche de ne pas lutter contre cette peste islamique, notamment en aidant de toutes les manières possibles ceux qui combattent l’Etat islamique.

La région est une poudrière, entre les aspirations antagonistes des Chiites et des Sunnites et leurs combats séculaires, les intérêts se croisent et s’affrontent. Mais les hommes politiques et les diplomates doivent convaincre ces frères ennemis que le combat contre Daesh est la seule voie possible pour aller vers une paix durable. Les Kurdes doivent être armés, entrainés et appuyés par les moyens techniques occidentaux.

D’autres unités, formées par les centaines de milliers de réfugiés qui ont déferlé sur l’Europe ces derniers mois, doivent être formées et renvoyées lutter pour leur propre liberté, encadrées si besoin de troupes occidentales. Nous pouvons les aider à regagner leur liberté mais nous ne gagnerons rien à le faire à leur place.

Ouvrir les yeux sur la situation en France et prendre les mesures nécessaires

Mais la France – gouvernement et opposition confondus – doit également agir sur son propre sol. Il n’est plus possible de se voiler la face devant un problème de plus en plus prégnant. Il est désormais prouvé que nous avons affaire à un ennemi intérieur, et l’Etat doit résoudre cette situation conflictuelle sous peine de voir les citoyens tentés de mettre de l’ordre par eux-mêmes.

Il est indispensable de lutter contre la radicalisation des jeunes Français de religion musulmane (voir vidéo ici) et pour cela agir à plusieurs niveaux.

Tout d’abord, au niveau judiciaire, il convient « d’isoler les loups ».

Aujourd’hui, de nombreux jeunes délinquants d’origine maghrébine ou africaine sont endoctrinés dans les prisons françaises par des imams autoproclamés, qui font des émules parmi ces jeunes, convaincus que la société est contre eux.

Afin d’éviter cette contamination fanatique, il est indispensable de séparer ces islamistes des condamnés de droit commun. Des établissements pénitentiaires spécialisés, les plus isolés possibles - les poussières d’empire de la France à travers le monde offrent de remarquables possibilités (certains atolls dans le Pacifique par exemple) - devraient être réservés aux islamistes. Les plus radicaux ainsi que les auteurs de crimes terroristes devraient y être condamnés à vie. La peine de mort pourrait être une solution plus économique mais cela sous-entendrait de modifier la Constitution.

Au niveau religieux, il faut "nationaliser" les structures

Il est tout d’abord indispensable d’agir sur le financement des salles de prière et des mosquées, qui doit être parfaitement transparent. Comme le fait par exemple l’Autriche, la France doit refuser les dons provenant de l’étranger car ils viennent le plus souvent de sources radicales, salafistes ou wahhabites.

Ensuite, de la même façon que les prêtres catholiques sont formés en France dans les séminaires et les pasteurs dans les instituts de théologie, l’Etat doit veiller à la création d’écoles coraniques françaises dont les enseignements seront compatibles avec les valeurs occidentales. Et seuls les imams sortis de ces écoles nationales devront avoir le droit de prêcher – en français - dans les mosquées sur le sol français. Cette mesure ne pourra, à elle seule, garantir que les discours radicaux, voire simplement contraires à nos valeurs seront bannis des salles de prière mais au moins elle en réduira l’influence.

Au niveau social, il faut réapprendre à cohabiter

Il est indispensable de « déprogrammer » les jeunes engagés dans un circuit islamiste de la même façon que l’on déprogramme les personnes ayant été dans une secte. Car le recrutement des djihadistes a beaucoup de ressemblances avec le lavage de cerveaux effectué dans les sectes.

Il s’agit souvent de personnes plus fragiles, en recherche d’absolu et auxquelles on propose une idéologie "prête à penser" qui les entraînent petit à petit vers la radicalisation. Le changement se fait de façon lente : on propose d’arrêter de fumer, puis on passe à la prière, de plus en plus fréquente, on arrête d’écouter de la musique, on se laisse pousser la barbe... et on finit par s’engager pour le pèlerinage guerrier pour la Syrie, l’Irak ou ailleurs.

Des centres spécialisés devraient être construits pour permettre la réadaptation progressive de ces jeunes déracinés à la vie en société. Car la majorité d’entre eux est capable d’en revenir. Beaucoup déchantent d’ailleurs à leur arrivée sur le théâtre syrien.

Enfin, le temps de l’angélisme, fréquent chez certains intellectuels, doit finir.

Ernest Renan avait défini la nation comme « la volonté de populations de vivre ensemble » et c’est ce que nous devons retrouver. Aujourd’hui, la nation française est divisée. Les populations la composant ont peur les unes des autres. C’est le résultat de décennies de renoncements politiques qui n’ont pas osé faire respecter un principe fondamental : c’est au nouvel arrivant de s’intégrer dans son milieu d’accueil et non au milieu d’accueil de se conformer aux usages de l’arrivant. Le choix de vie doit être clair et nous n’en voudront pas aux personnes qui ne souhaitent pas accepter nos coutumes. Elles sont libres de partir pour un pays plus conforme à leurs croyances, personne ne les retiendra.

La France est un pays de tradition chrétienne qui a une histoire plurimillénaire. Elle a codifié les droits de l’Homme et choisi comme devise « Liberté, Egalité, Fraternité ». Elle a une tradition d’accueil de populations extérieures et cela doit perdurer. Mais c’est sans faiblesse qu’elle doit faire respecter ses valeurs. Les populations ont des droits et des devoirs. Il n’est plus acceptable qu’on accorde les uns en oubliant de faire respecter les autres.

La police doit notamment pouvoir faire son travail sur l’intégralité du territoire. Les zones actuelles de non-droit, où l’on accepte que des bandes fassent la loi pour sauver une apparence de paix sociale, devront disparaître. Les fauteurs de troubles de nationalité française devraient être enfermés et les étrangers devraient être enfermés puis expulsés sans espoir de retour.

Dans les hôpitaux, notamment aux urgences, les médecins – hommes et femmes – devraient pouvoir faire leur travail sereinement sans être menacés s’ils osent soigner quelqu’un du sexe opposé.

Ce n’est qu’avec des mesures de ce genre que la situation s’améliorera et que nous pourrons de nouveau envisager un futur commun dans un pays apaisé. Mais si les hommes politiques, de droite comme de gauche, au pouvoir et dans l’opposition, continuent de faire de la petite politique politicienne comme celle dont ils sont coutumiers, les populations se détourneront d’eux et ils seront comptables au regard de l’Histoire de la faillite qui en résultera.